Mémoire de plexiglas

JLamy

– L’invité du vendredi : Jérôme Lamy –

Niort. Juin 2009
Le promeneur qui cherche à se renseigner sur l’histoire de l’Église Notre Dame de Niort en est pour ses frais. Le panneau de plexiglas fixé dans le pierre du vénérable bâtiment cultuel ne porte plus qu’un plan approximatif et quelques lettres à peine visibles. Le reste a disparu ou s’est décoloré. La notice historique, frappée par le soleil, battue par la pluie, s’est peu à peu effacée. Le passant en est donc réduit à une indécise lecture fragmentaire pour connaître les origines, la construction et les aléas de l’Église.
La politique culturelle des années 1980 a multiplié dans les centres villes les supports patrimoniaux. Panneaux, pupitres, plaques, stèles, panoramas, frises, cartouches, cadres scandent le territoire urbain comme autant de sous-titres historiques. Ils détaillent les strates du passé, extirpent des bâtiments de la banalité, ponctuent les monuments d’un para-texte culturel. Ils invitent à une déambulation temporelle autant que géographique.
Lorsque ce commentaire contemporain s’efface ou s’effrite plus rapidement que la construction du passé, la curiosité laisse la place à la perplexité.
Deux hypothèses s’offrent alors au scriptopolien. La première emprunte au registre –bien connu des historiens- du présentissme conceptualisé par François Hartog. Notre époque est marquée par un écart entre les conceptions figées du passé (dont la conservation patrimoniale est l’aspect le plus aigu) et les projections vers le futur. Cet éloignement des deux horizons temporels qui ne parviennent plus à s’articuler dans les sociétés occidentales contemporaines a pour conséquence l’affleurement d’un présent permanent. L’effacement du panneau peut s’interpréter comme le renversement parfait d’une démarche patrimoniale : c’est désormais l’Église Notre Dame qui devient le para-texte d’un contemporain tellement orienté sur le présent qu’il en oublie de pérenniser ses supports.
La seconde hypothèse s’enracine dans la psychanalyse. Le curieux qui s’approche au plus près du rectangle de plexiglas afin d’entreprendre un déchiffrement aussi laborieux qu’imprécis se retrouvera (non sans stupéfaction) face à son propre visage réfléchi par le plastique. C’est donc à un improbable stade du miroir que nous confronte la fragilité des supports patrimoniaux. A nous mirer dans l’exposition contemporaine du passé nous cherchons peut-être (désespérément) la transparence de notre propre image.

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