Le mur d’en face

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– Paris. Mai 2009 –

L’administration pénitentiaire ferme les établissements du centre-ville ; à Lyon, les prisons de Saint-Joseph et Saint-Paul sont désormais vides ; à Paris, la Santé demeure, même si une partie est désaffectée. À proximité de ces lieux d’enfermement, il y avait, il y a vingt ans encore, des cafés qui servaient aux familles, et à tous ceux qui avaient affaire avec la prison, de point de rendez-vous. Dans ces cafés dont l’un s’appelait ironiquement « ici c’est mieux qu’en face », on pouvait avoir des informations sur ce qui se passait dedans, des nouvelles de l’état du règlement, des conseils sur la confection d’un colis alimentaire ; parfois on pouvait faire passer un message. Ces petits établissements-ressources ont fermé, restent des immeubles dont l’administration conserve très soigneusement les plans et beaucoup de murs, des murs qui font face aux murs de la prison.
Sur ceux-là, après le passage d’un cortège — en 68 et ensuite la place Denfert a été un haut-lieu de rassemblement —, il arrive qu’un slogan ait été peint. Immédiatement, avec les véhicules de la propreté parisienne, on nettoie la tache d’un coup de rouleau ; boulevard Arago, l’écrit est banni. L’enceinte de la prison est imprenable par l’écrit mais le mur d’en face doit aussi faire miroir : de sa cellule, le détenu doit voir le mur gris : redoublement de l’enfermement par l’absence d’écrit.

4 Réponses to “Le mur d’en face”

  1. I. Butterlin Says:

    J’ai du mal à imaginer ce que l’on vit quand on sort de ces lieux, le premier instant dans la rue après l’enfermement. Et si, de plus, on est dans le silence de ces murs vides…

  2. A Lyon, le mur d’enceinte de la prison pour femmes de Montluc est décoré d’une fresque en l’honneur de Jean Moulin et d’autres résistants plus anonymes, qui y furent détenus. Mais les graffitis sont effectivement très vite effacés, sur ce mur d’enceinte comme sur ceux d’en face…
    http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=1362

  3. « Le mur gris », l’interdit d’écrit (y compris commercial ou officiel), est plus spécifique que l’effacement des traces lui-même. Si je comprends bien le régime particulier des prisons entraîne une systématique de l’effacement des traces. Néanmoins l’effacement des traces lui-même est inscrit profondément dans nos régimes urbains de l’écrit. Il faut avoir taggé ou collé des poèmes sur les murs de nos villes pour s’être rendu compte de l’incroyable promptitude des effacements, guidée par une politique de l’écrit manifestement considérée comme prioritaire.

  4. Philippe Artières Says:

    la communication entre le dehors et le dedans est désormais proscrite : stationner devant une prison, crier « je t’aime » ou « on est avec toi » est interdit sous peine de poursuite ; le photographe Mathieu Pernot a travaillé sur ces « hurleurs » clandestins.

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