Archive for the Écologies Category

Mobilier urbain subversif

Posted in Écologies on 29.06.2009 by scriptopolis

subversif

– Paris. Mai 2009 –

L’occupation graphique des trottoirs est désormais un classique des cortèges de contestation, le manifestant au milieu de la chaussée n’est pas seulement celui qui expose ses revendications, en chantant ou en portant un autocollant, une pancarte, mais il est aussi spectateur et lecteur de pancartes et banderoles d’autres, ceux derrière lui bien sûr, mais aussi ceux qui sont accrochés de part et d’autre du cortège, d’un arbre à une cabine téléphonique ou sur un abri bus.
Cette distribution de l’espace de la rue affecte le sens même de la manifestation ; autrefois le rapport avec le dehors se faisait par un cordon de S.O. (service d’ordre) reconnaissable par son brassard et son casque. Désormais, le cortège est bordé par des écrits (banderoles et affiches) qui le protège et le redouble. La ville parcourue est ainsi un espace balisé, préparé avec son mobilier propre ; les panneaux sont détournés, les toilettes publiques, les colonnes Morris, les kiosques à journaux ou les abris bus sont transformés en stand militants où l’on vend tee shirts et DVD mais aussi boissons et sandwiches, des étals où sont distribués tracts, autocollants et affiches. Parfois le télescopage est insolite comme cette adresse aux femmes de la manifestation.

Publicités

Disparition

Posted in Écologies, Matières, Preuves on 19.06.2009 by scriptopolis

Ticket

– Saint-Viance. Mars 2009 –

La confiance que l’on fait aux choses de l’écrit semble pliée dans un grand nombre de qualités. Cela se ressent tout particulièrement lorsque des relations contractuelles sont en jeu. Le paiement lui-même évidemment est tout écrit, quelle que soit sa forme. Il est d’ailleurs rarement accompli par le seul échange graphique, qu’il soit fait en « liquide », par chèque ou carte bancaire. Le ticket qui prouve l’acte d’achat vient par exemple consolider l’événement, surtout parce qu’il peut en témoigner et donc le déplacer dans le temps.
Aujourd’hui, le monde marchand donne aussi parfois lieu à la circulation d’autres sortes d’écrits, souvent une série mystérieuse de chiffres et de lettres, qui transportent, non plus le souvenir d’un acte, mais la possibilité de sa clôture. Le code de réservation de votre train fait foi de votre paiement, mais vous permet aussi d’émettre votre billet, puis de bénéficier effectivement du service de transport.
Or, on le sait bien, plus la chaîne est longue, plus elle est fragile. Et l’on trouve parfois, comme ici sur ce ticket d’activation d’un crédit de communication sur mobile, un rappel qui opère comme un réveil brutal. Et qui raconte finalement ce que nous avons vu ici de nombreuses fois. Des écrits peuvent mourir. Ne vous endormez pas sur votre confiance aveugle. Vous avez un code, ce que certains appelleraient volontiers une information, mais elle pourrait disparaître sans que vous vous en rendiez compte. Parce que ce code est aussi encre et papier. Et cette encre sur ce ticket qui pourrait mal la retenir pourrait effacer votre paiement en se désagrégeant. Bien présent sur les lignes de votre compte bancaire, mais, pour le coup, sans objet.

Le mur d’en face

Posted in Écologies on 15.06.2009 by scriptopolis

boglemurd'enface

– Paris. Mai 2009 –

L’administration pénitentiaire ferme les établissements du centre-ville ; à Lyon, les prisons de Saint-Joseph et Saint-Paul sont désormais vides ; à Paris, la Santé demeure, même si une partie est désaffectée. À proximité de ces lieux d’enfermement, il y avait, il y a vingt ans encore, des cafés qui servaient aux familles, et à tous ceux qui avaient affaire avec la prison, de point de rendez-vous. Dans ces cafés dont l’un s’appelait ironiquement « ici c’est mieux qu’en face », on pouvait avoir des informations sur ce qui se passait dedans, des nouvelles de l’état du règlement, des conseils sur la confection d’un colis alimentaire ; parfois on pouvait faire passer un message. Ces petits établissements-ressources ont fermé, restent des immeubles dont l’administration conserve très soigneusement les plans et beaucoup de murs, des murs qui font face aux murs de la prison.
Sur ceux-là, après le passage d’un cortège — en 68 et ensuite la place Denfert a été un haut-lieu de rassemblement —, il arrive qu’un slogan ait été peint. Immédiatement, avec les véhicules de la propreté parisienne, on nettoie la tache d’un coup de rouleau ; boulevard Arago, l’écrit est banni. L’enceinte de la prison est imprenable par l’écrit mais le mur d’en face doit aussi faire miroir : de sa cellule, le détenu doit voir le mur gris : redoublement de l’enfermement par l’absence d’écrit.

Cicatrices

Posted in Écologies, Matières, Passages on 10.06.2009 by scriptopolis

cicatrices

– Toulouse. Avril 2009 –

Jusqu’ici le scriptopolien s’est déjà trouvé face à de nombreuses portes : certaines sont plus ou moins bavardes et explicites, d’autres plus ou moins aptes à coopérer, d’autres encore plus ou moins équipées. Ici point de dispositifs pour expliquer un usage particulier, point de code digital réservant l’accès. Une simple porte donc !
Pas si simple que ça. Il suffit de scruter les innombrables petites déchirures qu’elle expose, pour comprendre que cette porte est le support d’une danse graphique quasi quotidienne : aussitôt scotchée toute affiche est susceptible d’être arrachée dans la journée. Étrange chorégraphie où les apparitions et les disparitions d’écrits se succèdent. Chaque jour scande ainsi un événement à venir : un concert, une recherche d’emploi, un appel à manifestation, une liste d’objets à vendre… Une sorte de blog composé d’un rectangle en bois, donnant directement dans la rue, destiné à recevoir des morceaux de cellulose. Impossible de revenir en arrière pour consulter les annonces précédentes ; seules restent les traces de leur passage. À moins que les propriétaires, hésitant sur le nom qui illuminera leur humble demeure, fassent encore des essais pour se rendre compte et n’arrivent pas à se mettre d’accord.

Taille unique

Posted in Écologies, Circulations on 08.06.2009 by scriptopolis

blog-chaussonbibliotheque

– Saint Gall. Mars 2009

Quand les médecins défilent dans les rues de Paris, on les reconnaît grâce à leur blouse blanche, et les travailleurs de la sidérurgie grâce à leur casque. Les historiens pourraient prendre part au défilé du 1er mai avec des gants de coton blanc. On ignore souvent que les archives ne nécessitent pas seulement des lunettes mais aussi et d’abord des gants pour être manipulées. L’univers de l’écrit est un monde précieux. Lorsqu’on va consulter à la réserve de la Bibliothèque nationale un ouvrage, on commence par placer devant vous outre la paire de gants, un petit coussinet de velour pour asseoir l’écrit confortablement. Il arrive que la visite des bibliothèques nécessite d’autres adaptations. Ainsi, pour entrer dans la sublime bibliothèque de Saint-Gall en Suisse et apercevoir quelques uns des plus anciens codex de notre civilisation, on doit enfiler l’une de ces paires de chaussons de feutres. Étrange cérémonial (il s’agit bien sûr de protéger le parquet) pour accéder au trésor d’écriture.

Déménagement. Épisode 3 : Douce illusion

Posted in Écologies, Instruments on 01.06.2009 by scriptopolis

bibliotheque

– Paris, rive droite. Avril 2009. –

Les déménageurs sont repartis, la peinture est sèche, on a ouvert les cartons, rempli les placards ; on s’est approprié la cuisine, la cave et la salle de bain. Incroyable capacité d’adaptation des hommes au milieu (surtout quand l’appartement est plus grand…). Pourtant, quelque chose résiste… le bureau et ses bibliothèques. On avait prévu le coup et appelé les bons copains pour percer les murs et monter les crémaillères. Mais, voilà, ce n’est pas si simple… Les livres et les archives ne se déplacent pas comme ça ; on ne les sort pas d’un coup… c’est comme la plongée sous-marine, il faut procéder par palier. Le premier peut consister en une « visite » d’un magasin Ikéa pour trouver la solution… Une fois revenu du rêve suédois, on n’est guère avancé mais voilà, le temps presse, de nouvelles piles de papiers ont fait leur apparition… On sort notre maigre butin une dizaine de sobres boites de rangement (5 Euros les 5) et le miracle se produit ; bonheur immédiat d’inscrire sur la tranche en lettre capitale, « Urgent » ou « En cours » ou mieux « Projets ». Ces boîtes sans couvercle sont plus précieuses que tous les meubles de bibliothèque du monde entier, elles donnent l’illusion que nous maîtrisons l’écrit. Douce et si plaisante illusion.

Fonctionnel

Posted in Écologies, Modes d'emploi on 22.05.2009 by scriptopolis

crotte

– Toulouse. Avril 2009 –

Si certaines boîtes aux lettres préviennent qu’elles ne font finalement plus office de relais postal, d’autres, au contraire n’hésitent pas à être volubile. Au point qu’il faille parfois se rapprocher assez prêt pour lire les petits caractères qu’elle arbore et prendre du temps pour comprendre l’ensemble des consignes. Quelle histoire celle-ci nous raconte-t-elle ? On comprend vite que la boîte n’est pas vide. Au lieu de servir de réceptacle à tous les styles de la correspondance amoureuse, elle propose en libre service des sacs plastiques, non moins orientés vers la diffusion de sentiments amoureux. Superbe proposition d’équivalence entre une caresse affectueuse et un geste de nettoyage digne du “sale boulot”.
Voici donc une inscription qui vante l’efficacité du dispositif qu’elle accompagne. Quelques gestes, d’une simplicité à la portée de tous, suffisent pour utiliser ce ramasse-crottes. Une petite bande-dessinée prévient même contre les éventuels septiques. Pourtant, son efficacité ne se résume pas à l’intervention d’un promeneur de chien. Pour clore complètement le cycle du nettoyage, une poubelle est indispensable à proximité. Le ramasse-crottes fonctionne donc en duo (sans compter le stock de sacs à refaire régulièrement). À moins d’accepter de poursuivre son chemin avec un sac plein à la main, voire d’être prêt à le ranger dans une poche de la veste ou du pantalon…