Archive for the Énonciations Category

Mariage

Posted in Énonciations, Instruments on 08.07.2009 by scriptopolis

blogmariage

– Paris. Mai 2009 –

À l’instar des défilés militaires des fêtes nationales s’agissant de l’état des armées et de son matériel, les défilés du 1er mai sont l’occasion unique d’évaluer la puissance d’un syndicat et d’une organisation politique (la CGT le sait mieux que quiconque et la polémique ne manque jamais sur le nombre de manifestants). On peut aussi lors de ces grandes manifestations unitaires se rendre compte de l’évolution des savoir-faire de chacun : les nouveaux modèles de mégaphones, les banderoles et drapeaux inédits, les innovations graphiques, etc. C’est la foire de Paris du militantisme.
Cette année, avec les élections européennes de juin et le mécontentement social généralisé, le défilé a été particulièrement couru. Des organisations inconnues en ont fait une tribune en mettant les petits plats dans les grands ; ainsi à Port-Royal pouvait-on croiser cet immense écran semblable à l’une de ces grosses télévisions plates qui encombrent bien des salons et sont désormais un signe de modernité. Sur ce grand écran rigide apparaissait une série de slogans … le dispositif d’animation graphique produisait parfois d’étranges messages pour celui des manifestants qui se serait mis à courir … l’apparition du nom d’une organisation étudiante de droite ou encore un message sonnant comme un parole d’évangile … L’écrit et ses temporalités.

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Manipulation

Posted in Énonciations on 22.06.2009 by scriptopolis

blogenvolés

– Paris. Place Denfert-Rochereau. 1er mai 2009 –

Les places sont dans les manifestations des lieux où soudain l’ordre du défilé est mis à mal ; des organisations se côtoient pendant quelques instants, des banderoles soudain se jouxtent formant un discours étrange pour le promeneur solitaire qui traverse alors cet espace partagé, mais aussi pour tout manifestant pris dans ce dispositif d’exposition qu’est la manifestation.
Cette impression est d’autant plus forte que la place est comme une clairière dans la manifestation urbaine, le ciel devient immense donnant d’un coup un aspect incroyablement épique à l’événement. La manifestation n’est plus seulement portée par l’espace de la ville mais aussi par le ciel témoin de toutes les luttes du passé.
Ce vendredi 1er mai 2009, on pouvait faire l’expérience de ce phénomène en croisant sur quelques dizaines de mètres un groupe de militant anarchiste se réclamant de ceux de l’Espagne de 36, une organisation guevariste radicale ou encore un syndicaliste chrétien. Mais avec la présence de cette banderole jaune tendue non loin des catacombes sur laquelle figuraient rien moins que Staline, brusquement un malaise nous prenait ; d’autant plus qu’elle avait été placée dans la perspective du lion de Belfort … captation de l’espace et de la mémoire pour élever un monument à la gloire d’un dictateur : « Vive le marxisme léninisme ! » pour ne pas voir dans ce ciel de Paris les millions de mort du stalinisme.

Mémoire de plexiglas

Posted in Énonciations, Matières on 05.06.2009 by scriptopolis

JLamy

– L’invité du vendredi : Jérôme Lamy –

Niort. Juin 2009
Le promeneur qui cherche à se renseigner sur l’histoire de l’Église Notre Dame de Niort en est pour ses frais. Le panneau de plexiglas fixé dans le pierre du vénérable bâtiment cultuel ne porte plus qu’un plan approximatif et quelques lettres à peine visibles. Le reste a disparu ou s’est décoloré. La notice historique, frappée par le soleil, battue par la pluie, s’est peu à peu effacée. Le passant en est donc réduit à une indécise lecture fragmentaire pour connaître les origines, la construction et les aléas de l’Église.
La politique culturelle des années 1980 a multiplié dans les centres villes les supports patrimoniaux. Panneaux, pupitres, plaques, stèles, panoramas, frises, cartouches, cadres scandent le territoire urbain comme autant de sous-titres historiques. Ils détaillent les strates du passé, extirpent des bâtiments de la banalité, ponctuent les monuments d’un para-texte culturel. Ils invitent à une déambulation temporelle autant que géographique.
Lorsque ce commentaire contemporain s’efface ou s’effrite plus rapidement que la construction du passé, la curiosité laisse la place à la perplexité.
Deux hypothèses s’offrent alors au scriptopolien. La première emprunte au registre –bien connu des historiens- du présentissme conceptualisé par François Hartog. Notre époque est marquée par un écart entre les conceptions figées du passé (dont la conservation patrimoniale est l’aspect le plus aigu) et les projections vers le futur. Cet éloignement des deux horizons temporels qui ne parviennent plus à s’articuler dans les sociétés occidentales contemporaines a pour conséquence l’affleurement d’un présent permanent. L’effacement du panneau peut s’interpréter comme le renversement parfait d’une démarche patrimoniale : c’est désormais l’Église Notre Dame qui devient le para-texte d’un contemporain tellement orienté sur le présent qu’il en oublie de pérenniser ses supports.
La seconde hypothèse s’enracine dans la psychanalyse. Le curieux qui s’approche au plus près du rectangle de plexiglas afin d’entreprendre un déchiffrement aussi laborieux qu’imprécis se retrouvera (non sans stupéfaction) face à son propre visage réfléchi par le plastique. C’est donc à un improbable stade du miroir que nous confronte la fragilité des supports patrimoniaux. A nous mirer dans l’exposition contemporaine du passé nous cherchons peut-être (désespérément) la transparence de notre propre image.

Travaux, épisode 1. Informer

Posted in Énonciations, Circulations, Mots d'ordre on 27.05.2009 by scriptopolis

Travaux1

– Clamart. Avril 2009 –

Entre deux voitures, on les remarque à peine. Mais dès qu’une place est libérée, ils s’imposent. De nouveaux panneaux peuplent la rue. Posés sur leur socle de béton, ils sont vraisemblablement provisoires. Mais le symbole qu’ils arborent sur la chaussée est sans équivoque : pas question de stationner sur ces emplacements, pourtant dédiés depuis longtemps au rangement des voitures. La silhouette d’une camionnette qui tracte une voiture laisse entendre assez clairement ce qui est réservé aux éventuels contrevenants. En deux coups d’œil, à droite puis à gauche, nous voilà informés : c’est la rue dans toute sa longueur qui se voit privée de places. De ce genre de places en tout cas.
Informés, si rapidement ? Pas sûr. Pour l’être véritablement, il faut s’approcher et voir que sur une deuxième partie du panneau, figure un long texte en surimpression des mêmes dessins. C’est en lisant que l’on sait : non pas seulement l’état d’interdiction, mais sa raison et ses conditions. On a sous les yeux la reproduction du décret municipal qui ordonne les travaux de voiries, en précise les dates, en expose l’objet (la réfection de conduites d’eau) et liste les nombreuses rues concernées.
Le temps manque pour saisir cette foule de détails imprimée sur deux moitiés d’A4, surtout si l’on est en voiture à la recherche d’un endroit où se garer. Heureusement les téléphones font aujourd’hui d’assez bons appareils photo. En un petit geste le texte est reproduit à nouveau. Il pourra être lu à tête reposée, sur l’écran d’un appareil devenu pour l’occasion liseuse électronique.

Piron 1817

Posted in Énonciations, Matières on 18.05.2009 by scriptopolis

blog-fontevraud

– Fontevraud. Février 2009 –

C’est un passé qui a du mal à passer : 150 ans pendant lesquels cette abbaye, monument inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’Unesco, a été une prison. Ce moment d’histoire peu le connaissent. Heureusement il y a Bertrand M. qui depuis trente ans a conservé sans moyens ou presque le plus de traces possible. Il y a des bouts de coquillage en nacre qui servaient aux prisonniers pour fabriquer aux ateliers des boutons, il y a ces ronds noirs au niveau de la tête de lit dans les cages à poules disciplinaires que le frottement de chacun d’entre ceux qui dormirent là a formé sur la cloison. Et ici et là, d’autres traces, celles-là faites par les hommes de Fontervrault eux-mêmes. Dans ce qui servit autrefois de cellule disciplinaire, l’inscription « Piron a fait 1817 218 jours pour des mots séditieux » qu’un journaliste passé par là a cru bon, à l’insu des conservateurs, de noircir à la mine de plomb. Soudain la silhouette noire du prisonnier s’impose à nous visiteur du XXIe siècle, elle nous fait face dans toute sa gravité. Ces mots gravés dans la pierre concurrencent la force des inscriptions qui environnent ceux des puissants, les gisants à quelques centaines de mètres dans l’abbatiale. Résistance par l’écrit.

Pause

Posted in Énonciations, Modes d'emploi on 13.05.2009 by scriptopolis

pause

– Paris. Février 2009 –

Les liens entre la technologie, la morale et la santé semblent aussi difficiles à démêler qu’à tisser. Les méthodes sont nombreuses, qui misent sur des formats très différents, et surtout des manières d’interpeller.
Cet écran agit doublement de ce point de vue.
Sur le fond d’abord : il rompt avec la rhétorique habituelle des mises en garde, à la fois détaillées et culpabilisantes. Ici, c’est une suggestion qui nous est faite, avec un point d’interrogation qui laisse largement le choix. Sur la forme ensuite : surgissant dans le déroulement d’une partie, la proposition est faite par le jeu lui-même, dans une mise en page identique à celle des scores ou du choix des niveaux.
Pour bien comprendre le décalage que l’on ressent à voir apparaître cette fenêtre, il suffit d’imaginer ce qu’elle donnerait pour la plus connue de nos injonctions sanitaires. Plutôt que « Fumer tue », les tabacophiles liraient « pourquoi ne pas écraser cette cigarette ? » Bien entendu, ce ne serait pas inscrit sur le paquet, mais dessiné dans l’air par une volute de fumée se formant en cours de consommation.

Ecrits rêvés

Posted in Énonciations on 01.05.2009 by scriptopolis

ecritsreves

– 93, Février 2009 –

Il y a une fonction politique du panneau qu’on méconnaît trop souvent et qui a une qualité que la conférence de presse n’a plus depuis longtemps : faire croire que le souverain agit sur le territoire. Cet art de gouverner par panneaux posés ici et là dans nos paysages urbains s’est développé depuis quelques années : Ici, la ville de P. modernise pour vous le réseau d’égoux, Ici la région X. construit un collège, Ici encore l’Etat s’occupe de vous… Il peut arriver que ces annonces écrites sur des panneaux de 4 x 6 m prennent un tour un peu surréaliste comme par exemple ici à Saint-Denis s’agissant de ce que l’on a appelé « la Cité des archives ». C’est d’une passerelle reliant deux bâtiments du campus de l’université de Paris 8 que l’on peut voir cette vue insolite : un panneau indiquant que ce grand terrain vague protégé d’une barrière métallique constitue les Archives nationales. On imagine que les kilomètres de papier ont été enfouis à la manière dont les enfants aiment à le faire pour leurs petits trésors. Ou bien n’est-ce pas tout simplement le projet qui a été enterré… ? L’écrit pour faire croire.