Archive for the Formes Category

Crois-moi

Posted in Formes, Instruments on 25.05.2009 by scriptopolis

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– Bagneux. Mars 2009 –

Il est nombre de formulaires que l’on remplit aujourd’hui par une série de croix. Cocher la bonne case dit la consigne du questionnaire à choix multiple (QCM) du concours de première année de médecine mais aussi le formulaire d’immigration à la frontière des Etats-Unis (le vert que l’on recommence toujours au moins deux fois tellement on hésite). Inscrire une croix a souvent consisté pour beaucoup d’individus illettrés à signer. Les archives des XIXe et XVIIIIe siècle sont pleines de ces croix d’anonymes. Faire une croix c’est faire présence, affirmer qu’on est là. Qui n’a pas reçu une carte postale d’une station de sport d’hiver, une image de ces grands ensembles avec inscrite au stylo bic bleu une belle croix renvoyant au dos à la mention du lieu de résidence. Combien de croix ont été faites par des jeunes soldats en garnison sur les photos de leur casernement. Ici, nul skieur, ni troufion, mais la croix renvoie à une tombe dans le cimetière parisien de Bagneux. La croix apposée ne signifie pas « je suis là » mais « c’est ici que je serai pour l’éternité ». Reste jusque-là à porter sa croix.

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Fleurs de tramway

Posted in Formes, L'invité du vendredi on 08.05.2009 by scriptopolis

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– L’invitée du vendredi : Clara Lamireau –

Paris. Avril 2009
Derrière la vitre de l’abri, sur la ligne du tramway des Maréchaux au sud de Paris, la ville défile. Les passants passent, les colonnes Morris présentent les derniers spectacles à la mode, les voitures grillent des feux rouges.
Le système d’information en ligne annonce aux voyageurs sept minutes d’attente. Sept minutes, pour une Parisienne en vadrouille, c’est long. Le regard qui portait de l’autre côté de la vitre s’accommode nonchalamment pour une vision de près et une lecture des mots imprimés sur le verre.
Les rues de la ville en calligrammes forment des ramures, des tiges, des corolles. Entre les lignes, des histoires de fleurs. Ici, les pétales de coquelicots servent d’indice à l’interprétation d’un oracle. Le secret sera-t-il bien gardé ?
Au moment de la construction de cette ligne de tram, la RATP a confié au plasticien Patrick Corillon le soin de mettre en valeur le mobilier urbain, donnant libre cours à ses « dispositifs narratifs » issus de « l’imaginaire collectif », comme le souligne la présentation de cette œuvre en station.
Des légendes urbaines pour des espaces verts d’un nouveau genre, en somme. La voyageuse pressée est alors transportée par sa lecture, du boulevard Brune au champ de coquelicots de son enfance. Une photo prise par sa grand-mère, quand elle avait 9 ans. L’odeur du jardin, les grands arbres sur lesquels elle grimpait pour imaginer des aventures, le potager de sa mère et de sa voisine Zorrha. Le tram arrive, s’arrête et redémarre, le flot des voyageurs sort la lectrice de sa rêverie. C’est reparti pour sept minutes d’attente.