Archive for the Instruments Category

Mariage

Posted in Énonciations, Instruments on 08.07.2009 by scriptopolis

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– Paris. Mai 2009 –

À l’instar des défilés militaires des fêtes nationales s’agissant de l’état des armées et de son matériel, les défilés du 1er mai sont l’occasion unique d’évaluer la puissance d’un syndicat et d’une organisation politique (la CGT le sait mieux que quiconque et la polémique ne manque jamais sur le nombre de manifestants). On peut aussi lors de ces grandes manifestations unitaires se rendre compte de l’évolution des savoir-faire de chacun : les nouveaux modèles de mégaphones, les banderoles et drapeaux inédits, les innovations graphiques, etc. C’est la foire de Paris du militantisme.
Cette année, avec les élections européennes de juin et le mécontentement social généralisé, le défilé a été particulièrement couru. Des organisations inconnues en ont fait une tribune en mettant les petits plats dans les grands ; ainsi à Port-Royal pouvait-on croiser cet immense écran semblable à l’une de ces grosses télévisions plates qui encombrent bien des salons et sont désormais un signe de modernité. Sur ce grand écran rigide apparaissait une série de slogans … le dispositif d’animation graphique produisait parfois d’étranges messages pour celui des manifestants qui se serait mis à courir … l’apparition du nom d’une organisation étudiante de droite ou encore un message sonnant comme un parole d’évangile … L’écrit et ses temporalités.

Direction : les craies des Arts et Métiers 2

Posted in Circulations, Instruments on 24.06.2009 by scriptopolis

tableaucraiecnam

– Paris. Juin 2009 –

La fin de l’année universitaire approche, mais avant les vacances, il faut penser à se réinscrire. L’asocial, étudiant prévoyant malgré tout, est venu retirer un dossier d’inscription pour l’année prochaine. Le voici de retour au CNAM où nous avons déjà eu l’occasion d’insister sur l’abondance d’un instrument d’écriture : les craies.
Face à ce tableau en liège, il s’attendait à trouver au moins une affiche fermement accrochée qui pourrait l’aider dans sa quête. À la place, il est devant une multitude d’écrits réalisés à la craie. Étrange usage des instruments dans cette institution se dit-il : les craies abondent dans les amphis alors que les intervenants se servent d’un vidéo-projecteur ; les tableaux en liège destinés à des feuilles et des punaises sont criblés d’inscriptions difficilement effaçables.
La prolifération est manifeste, mais c’est davantage la superposition qui dérange l’asocial ici. Les écrits et les flèches provoquent des hésitations et le doute s’installe. Dans quelle direction faut-il aller pour retirer les dossiers ? Comment faire le tri entre ces multiples inscriptions ? Comment transformer une foule d’écrits en une information pertinente ?
Une solution serait bien entendu de demander à d’autres personnes présentes sur les lieux. Une posture que redoute particulièrement l’asocial. Préférant interagir avec les écrits qu’il rencontre, il commence à mieux scruter la composition graphique que ce tableau lui met sous les yeux. Plusieurs flèches et différentes couleurs s’entrelacent, mais l’assemblage des mots “retrait des dossiers” et de la flèche en rose au dessous réalise une unité plus saillante que la flèche blanche. Il semble donc que le bureau pour les réinscriptions se trouve vers la droite. Même si c’est aussi la direction de la surprise partie de maman. Après tout, un peu de détente ne peut pas faire de mal une fois que le dossier sera retiré.
Après 6 mois de formation, l’asocial se fait donc progressivement scriptopolien. Cela ne résout pas tous les problèmes, mais l’effet d’apprentissage est notable (une aubaine pour un lieu comme le CNAM !) : il peut désormais se diriger en faisant sens de diverses inscriptions.

Déménagement. Épisode 3 : Douce illusion

Posted in Écologies, Instruments on 01.06.2009 by scriptopolis

bibliotheque

– Paris, rive droite. Avril 2009. –

Les déménageurs sont repartis, la peinture est sèche, on a ouvert les cartons, rempli les placards ; on s’est approprié la cuisine, la cave et la salle de bain. Incroyable capacité d’adaptation des hommes au milieu (surtout quand l’appartement est plus grand…). Pourtant, quelque chose résiste… le bureau et ses bibliothèques. On avait prévu le coup et appelé les bons copains pour percer les murs et monter les crémaillères. Mais, voilà, ce n’est pas si simple… Les livres et les archives ne se déplacent pas comme ça ; on ne les sort pas d’un coup… c’est comme la plongée sous-marine, il faut procéder par palier. Le premier peut consister en une « visite » d’un magasin Ikéa pour trouver la solution… Une fois revenu du rêve suédois, on n’est guère avancé mais voilà, le temps presse, de nouvelles piles de papiers ont fait leur apparition… On sort notre maigre butin une dizaine de sobres boites de rangement (5 Euros les 5) et le miracle se produit ; bonheur immédiat d’inscrire sur la tranche en lettre capitale, « Urgent » ou « En cours » ou mieux « Projets ». Ces boîtes sans couvercle sont plus précieuses que tous les meubles de bibliothèque du monde entier, elles donnent l’illusion que nous maîtrisons l’écrit. Douce et si plaisante illusion.

Crois-moi

Posted in Formes, Instruments on 25.05.2009 by scriptopolis

blog-crois-moi

– Bagneux. Mars 2009 –

Il est nombre de formulaires que l’on remplit aujourd’hui par une série de croix. Cocher la bonne case dit la consigne du questionnaire à choix multiple (QCM) du concours de première année de médecine mais aussi le formulaire d’immigration à la frontière des Etats-Unis (le vert que l’on recommence toujours au moins deux fois tellement on hésite). Inscrire une croix a souvent consisté pour beaucoup d’individus illettrés à signer. Les archives des XIXe et XVIIIIe siècle sont pleines de ces croix d’anonymes. Faire une croix c’est faire présence, affirmer qu’on est là. Qui n’a pas reçu une carte postale d’une station de sport d’hiver, une image de ces grands ensembles avec inscrite au stylo bic bleu une belle croix renvoyant au dos à la mention du lieu de résidence. Combien de croix ont été faites par des jeunes soldats en garnison sur les photos de leur casernement. Ici, nul skieur, ni troufion, mais la croix renvoie à une tombe dans le cimetière parisien de Bagneux. La croix apposée ne signifie pas « je suis là » mais « c’est ici que je serai pour l’éternité ». Reste jusque-là à porter sa croix.

Impression

Posted in Instruments, Modes d'emploi on 15.05.2009 by scriptopolis

adp

– Orly. Avril 2009 –

Les passagers sont prêts à embarquer. Ils se positionnent stratégiquement face au comptoir, de manière à être les mieux placés dans la file d’attente. L’appel des passagers n’a pas encore commencé. Il ne pourra débuter qu’après quelques préparatifs accomplis par l’hôtesse qui arrive. Elle communique avec l’équipage à l’aide d’un talkie-walkie pour s’assurer que le nettoyage de la cabine est bien terminé et qu’elle peut lancer l’embarquement. Une ultime opération est encore nécessaire : imprimer la liste des passagers.
À l’heure des réservations en ligne et des billets électroniques, cette opération peut étonner les clients. Mais l’avènement des transactions électroniques n’a pas supprimé l’importance de certaines traces en papier, bien au contraire. Le listing reste crucial pour pointer les personnes à l’embarquement, aussi bien celles qui ont un billet cartonné que celles qui ont un billet électronique imprimé sur une feuille A4, et pour vérifier que toutes sont bien dans l’avion au moment du comptage des passagers.
L’impression du listing donc. Rien de plus simple… À part lorsque le rouleau de papier est terminé. Plusieurs manipulations doivent être effectuées pour l’enlever et en mettre un nouveau, tout en prenant garde de ne pas jeter une pièce indispensable au bon fonctionnement de l’imprimante. Car ici, comme pour tout dispositif d’inscription, l’intégrité de l’instrument est garantie par l’agencement particulier de différentes unités élémentaires. Certaines font partie des consommables et entrent en scène lors des interventions d’entretien ou de maintenance. D’autres, bien qu’amovibles, sont durablement attachées à l’instrument, tel ce petit axe en bois qui prend place dans une machine faite d’une carapace en plastique et de quelques composants électroniques. Étrange assemblage de matériaux qui contribuent pourtant à imprimer quotidiennement des écrits pour s’envoler.

Déménagement. Épisode 2 : Funèbres cartons

Posted in Circulations, Instruments on 11.05.2009 by scriptopolis

blog-demenagementcarton

– Paris, rive gauche. Mars 2009 –

La mise en carton constitue, après le tri (voir l’épisode précédent), le second grand moment du déménagement. Mettre le monstre de papier en boîte est moins simple qu’il n’y paraît. D’abord, les écrits ont leurs cartons spécifiques : livres et dossiers iront dans des boîtes plus petites qui, lors du chargement du camion, seront soigneusement rangées. Ensuite, faire un carton d’écrits consiste à reproduire un geste d’archiviste, celui d’extraire du monde des vivants un ensemble d’objets. Soudain, avec cette mise en carton systématique, c’est toute sa vie de papier (personnelle, professionnelle, administrative) qui disparaît. Lorsque le camion part, avec son chargement d’archives et qu’il n’est pas encore arrivé sur l’autre rive, un étrange sentiment peut vous traverser : une intense impression de liberté. Le carton a enfoui les traces de la vie passée, désormais la page est blanche, tout est à écrire.
Mais cette « extraction » peut aussi produire des angoisses considérables, jusqu’au sentiment d’être soudain mort, … d’être empaillé à jamais.

Armes

Posted in Énonciations, Instruments on 27.04.2009 by scriptopolis

armes

– Montréal. Mars 2009 –

On sait que les mouvements sociaux offrent des occasions d’écriture multiples, essentielles à leur existence même. Intervenir dans l’espace public, surtout s’il s’agit de contester, se fait généralement avec les pieds, la voix et les bras qui portent des mots sur des supports et dans des formes variés.
Récemment, les enseignants de l’Université de Québec à Montréal ont mené une action d’envergure en assurant un piquetage régulier devant toutes les entrées des nombreux bâtiments universitaires que l’on trouve aux alentours de la sortie de métro Berri-UQAM. Ce blocage leur a permis, pour un moment seulement, de donner une certaine ampleur à leurs revendications (il a fallu l’intervention du juge pour qu’il cesse et que d’autres formes de manifestation soient envisagées).
Sa mise en œuvre tenait à une organisation méticuleuse de la part du syndicat, qui en ferait rêver plus d’un. Les places et les créneaux horaires de chacun étaient distribués par courrier électronique chaque jour, ainsi que les mots d’ordre et les dernières instructions. Les écrits qu’il s’agissait d’exposer étaient dignes de cette organisation : on les trouvaient sur de petits panneaux solides, nombreux et normalisés. Et leur agentivité — pour reprendre un terme de F. Cooren, checheur d’une autre université de Montréal — était double. Certes ils étaient supports d’énonciation, on s’en doute. Mais ils faisaient aussi occupation. Devant cette porte, ce stock de munitions poursuit le siège entre deux piquets de grévistes. Qui n’auront qu’à les ramasser chacun leur tour en arrivant, pour les déposer en partant, à disposition des prochains.