Archive for the Modes d’emploi Category

Vraiment pas

Posted in Modes d'emploi on 06.07.2009 by scriptopolis

Insister

– Paris. Février 2009 –

Marcher dans la ville, celle que l’on habite ou celles que l’on traverse, a été un des nombreux moyens de grandir. Affiches panneaux enseignes faisaient une autre architecture et créaient des frontières comme les vêtements des passants, leur langage ou les denrées que l’on expose devant les boutiques. Je me souviens enfant, jusqu’assez tard en fait, du trouble qui me saisissait à la lecture de certains particulièrement obscurs. Et qui en se répétant de devanture en devanture instauraient un monde curieux où le commerce semblait réservé. À quoi, impossible à dire. À d’autres que moi, c’est tout. Gros et demi-gros.
Si intimidants qu’ils paralysaient et empêchaient le passage d’une porte, même si l’intérieur faisait envie. Ces mots disaient tu ne comprends pas mais d’autres comprennent. Ils sont pour d’autres. Alors qu’ils étaient pour moi bien sûr. Pour me dire de ne pas entrer. Cette page imprimée, ajoutée à la porte qui l’exprime à l’envers est limpide. Et son « ne pas insister merci » en dit long sur ceux qui n’ont pas été intimidés, sont entrés malgré tout et ont demandé un peu trop souvent.

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Au suivant !

Posted in Activités, Modes d'emploi on 01.07.2009 by scriptopolis

chauffeurs

– Paris. Juin 2009 –

C’est l’été. Le moment des départs, des rencontres et des ruptures de rythme, celui des innombrables files d’attente, des flux de voyageurs qui caractérisent la mobilité contemporaine. Certains partent retrouver leur famille, d’autres découvrir des régions du monde qu’ils n’ont pas encore explorées, d’autres encore en profitent pour visiter des sites culturels séculaires, espérant s’imprégner des mythes qui en font toute la magie.
Les aéroports grouillent de monde, ils deviennent des carrefours incontournables. Avant le grand saut dans l’aventure, une première étape consiste d’abord à s’y rendre. Simple trajet pour les habitués, voyage de préparation pour ceux qui rêvent de leur destination finale, parcours du combattant pour d’autres. Heureusement la compagnie aérienne prend le relais en mettant des cars à disposition. Il suffit de monter, de payer et de prendre place. Enfin, d’habitude…
Cette fois la compagnie a fait un investissement dans “un nouvel équipement pour traiter la billettique”. L’expression suffit pour célébrer un progrès technique. L’introduction de cette machine ne peut que faciliter la tâche des chauffeurs : elle les libère de la contrainte de gestion des billets d’accès à bord et de la monnaie. Ainsi pourront-ils pleinement se consacrer à l’accueil des passagers. À nous d’être compréhensifs “vis-à-vis des chauffeurs qui rencontreraient quelques difficultés”. Mieux vaut contenir notre impatience de partir en vacances sous peine d’entraver davantage leur usage d’un équipement pourtant simple et efficace.
Inutile donc de voyager bien loin pour rencontrer des mythes : celui qui oppose la toute puissance des machines à l’inévitable défaillance des humains ; celui qui attribue les qualités de performance aux techniques et impute les responsabilités aux opérateurs forcément fautifs. Comme si les virtuosités et les incapacités des êtres étaient des propriétés ontologiques, préalablement distribuées dans un agencement sociotechnique. Voilà, en tout cas, une compagnie aérienne attractive : elle arrive à nous transporter vers des horizons mythologiques alors que nous sommes encore sur place, face à une simple affichette dépourvue de tout paysage idyllique.

Les mains bien en vue

Posted in Circulations, Modes d'emploi on 17.06.2009 by scriptopolis

deuxroues

– Vanves. Mai 2009 –

Les deux roues sont des moyens de locomotion qui sollicitent différentes parties du corps : les pieds pour avancer, les mains pour conduire… et les yeux pour regarder où l’on va. Certains, devenus experts au fil du temps, arrivent à pédaler sans les mains ; d’autres en font même une passion, voire une profession : pilotes de freestyle motocross ou de street bmx s’entraînent quotidiennement à lâcher les pieds et les mains tout en restant sur leurs deux roues ; de même, les coursiers en tout genre font des pieds et des mains pour optimiser au maximum leurs trajets.
Heureusement pour les autres, bien plus nombreux, des rappels sont régulièrement réalisés sous forme de panneaux pour éviter les égratignures ou les accidents plus graves. Au cas où les cyclistes et les motards oublient, suite à un manque d’attention inopiné, que la conduite d’un deux roues s’effectue à la main…
Un tel panneau constitue-t-il une forme d’extension des débats actuels sur la sécurité au volant ? La question est posée. Car loin d’être cantonnée à l’obligation de boucler sa ceinture et au volume d’alcool ingurgité par les conducteurs, la politique de sécurité actuelle embrasse désormais d’autres éléments qui sont susceptibles de troubler l’attention des automobilistes. L’usage des téléphones portables certes, mais aussi l’équipement en dispositif de navigation GSP, toute forme de distraction musicale, voire la présence même de passagers un peu trop bavards sont des candidats potentiels pour le permis à points. L’attention est devenue le mot d’ordre des chevaliers des temps modernes.

Zone à risque

Posted in Circulations, Modes d'emploi on 29.05.2009 by scriptopolis

escalier

– Roissy-Charles de Gaulle. Avril 2009 –

Encore une demi-heure avant l’embarquement. J’en profite pour flâner. Après quelques déambulations, je me retrouve nez à nez avec une inscription pour le moins étrange. Le triangle jaune relève désormais d’une convention : il attire généralement l’attention sur la présence d’un éventuel danger. Les risques d’une possible électrocution sont habituellement indiqués de la sorte. Mais il ne s’agit pas de ça ici. Bien que le personnage soit représenté un peu comme celui foudroyé par un éclair, il est simplement en situation de déséquilibre avec une inscription qui précise un “risque de chute”. Premier réflexe : regarder par la grande baie vitrée les avions dans le ciel. Tout semble normal. Deuxième réflexe : chercher une zone de travaux de rénovation qu’il faudrait éviter avec soin. Mais rien de tel n’est perceptible. Troisième réflexe : scruter le sol en détail pour y repérer une zone humide et potentiellement glissante. Mais rien de cela non plus. Que faut-il comprendre alors ? Avant tout que nous sommes dans un aéroport, un lieu devenu en quelques années le terrain d’exercice d’une vigilance omniprésente. Toutes les entités qui y circulent, humains et non-humains (bagages, passeports, flacons contenant des produits liquides…), sont envisagées comme de potentiels suspects. Rien de surprenant que dans un tel climat, tout puisse entraver la sécurité… Car, finalement, ce ne sont que quelques banales marches d’escalier !

Fonctionnel

Posted in Écologies, Modes d'emploi on 22.05.2009 by scriptopolis

crotte

– Toulouse. Avril 2009 –

Si certaines boîtes aux lettres préviennent qu’elles ne font finalement plus office de relais postal, d’autres, au contraire n’hésitent pas à être volubile. Au point qu’il faille parfois se rapprocher assez prêt pour lire les petits caractères qu’elle arbore et prendre du temps pour comprendre l’ensemble des consignes. Quelle histoire celle-ci nous raconte-t-elle ? On comprend vite que la boîte n’est pas vide. Au lieu de servir de réceptacle à tous les styles de la correspondance amoureuse, elle propose en libre service des sacs plastiques, non moins orientés vers la diffusion de sentiments amoureux. Superbe proposition d’équivalence entre une caresse affectueuse et un geste de nettoyage digne du “sale boulot”.
Voici donc une inscription qui vante l’efficacité du dispositif qu’elle accompagne. Quelques gestes, d’une simplicité à la portée de tous, suffisent pour utiliser ce ramasse-crottes. Une petite bande-dessinée prévient même contre les éventuels septiques. Pourtant, son efficacité ne se résume pas à l’intervention d’un promeneur de chien. Pour clore complètement le cycle du nettoyage, une poubelle est indispensable à proximité. Le ramasse-crottes fonctionne donc en duo (sans compter le stock de sacs à refaire régulièrement). À moins d’accepter de poursuivre son chemin avec un sac plein à la main, voire d’être prêt à le ranger dans une poche de la veste ou du pantalon…

Interruption

Posted in Circulations, Modes d'emploi on 20.05.2009 by scriptopolis

BAL

– Clamart. Mars 2009 –

Nous sommes nombreux à vivre dans un environnement apaisé, familier. La liste des choses avec lesquelles nous échangeons sans véritablement « y penser », comme on dit, est immense. Il est même quelques philosophes et sociologues pour considérer qu’on voit dans ces couplages sans accroc des formes d’action hybrides, où ce qui fait est pluriel : ni seulement humain, ni seulement objet.
Des objets de ce genre, on en liste bien sûr à la pelle si l’on s’amuse, comme Pérec, à décrire méticuleusement ce qui compose un foyer. La maison ou l’appartement sont habités d’innombrables entités auxquelles nous sommes associés sans que nous les mettions jamais en cause. Mais on en trouve aussi à l’extérieur. La boîte aux lettres, par exemple, est un beau cas. Devant elle, si l’on s’avance une enveloppe à la main, la question « que faire ? » ne surgit jamais. Y déposer la-dite enveloppe. La pré-association de nos mains porteuses de plis plus ou moins urgents et de ces boîtes si accueillantes et telle qu’il faut inscrire sur les dernières un avertissement ou un conseil lorsqu’elles ne sont plus en usage. Ici, déposer le courrier passe par le comptoir du secrétariat médical. Et l’interruption du geste écervelé passe par l’affichage sur l’objet de son mode de désemploi.

Impression

Posted in Instruments, Modes d'emploi on 15.05.2009 by scriptopolis

adp

– Orly. Avril 2009 –

Les passagers sont prêts à embarquer. Ils se positionnent stratégiquement face au comptoir, de manière à être les mieux placés dans la file d’attente. L’appel des passagers n’a pas encore commencé. Il ne pourra débuter qu’après quelques préparatifs accomplis par l’hôtesse qui arrive. Elle communique avec l’équipage à l’aide d’un talkie-walkie pour s’assurer que le nettoyage de la cabine est bien terminé et qu’elle peut lancer l’embarquement. Une ultime opération est encore nécessaire : imprimer la liste des passagers.
À l’heure des réservations en ligne et des billets électroniques, cette opération peut étonner les clients. Mais l’avènement des transactions électroniques n’a pas supprimé l’importance de certaines traces en papier, bien au contraire. Le listing reste crucial pour pointer les personnes à l’embarquement, aussi bien celles qui ont un billet cartonné que celles qui ont un billet électronique imprimé sur une feuille A4, et pour vérifier que toutes sont bien dans l’avion au moment du comptage des passagers.
L’impression du listing donc. Rien de plus simple… À part lorsque le rouleau de papier est terminé. Plusieurs manipulations doivent être effectuées pour l’enlever et en mettre un nouveau, tout en prenant garde de ne pas jeter une pièce indispensable au bon fonctionnement de l’imprimante. Car ici, comme pour tout dispositif d’inscription, l’intégrité de l’instrument est garantie par l’agencement particulier de différentes unités élémentaires. Certaines font partie des consommables et entrent en scène lors des interventions d’entretien ou de maintenance. D’autres, bien qu’amovibles, sont durablement attachées à l’instrument, tel ce petit axe en bois qui prend place dans une machine faite d’une carapace en plastique et de quelques composants électroniques. Étrange assemblage de matériaux qui contribuent pourtant à imprimer quotidiennement des écrits pour s’envoler.